Le Barachois, point de vue du bord de mer de Saint-Denis, est peut-être le lieu le plus connu de la Réunion, même par ceux qui n’y ont jamais mis les pieds. Depuis des décennies, c’est l’une des cartes postales les plus répandues, et on le voit dans tous les guides touristiques. Pourtant, peu de gens connaissent sa véritable histoire…
De nos jours, le Barachois est un endroit soigneusement entretenu, qui vient joliment marquer le front de mer de Saint-Denis, en bas de la vieille ville, entre le bâtiment de l’équipement (une ancienne caserne) et la Préfecture.
Des cocotiers, des canons, un sol tapissé de scories, avec un superbe panorama sur le Cap Bernard: l’endroit idéal pour les photos-souvenir, qu’elles soient “souvenir de vacances” ou “souvenir de mariage”. Qui se souvient qu’il y a deux siècles, le Barachois était un port, ou plutôt une tentative de port? Plongeons-nous dans le passé …
Durant des siècles (jusqu’à des temps récents), le front de mer de Saint-Denis n’était pas un lieu de promenade. Ce n’était même pas une rue. C’était un endroit ignoré des habitants, qui le trouvaient trop exposé aux éléments et au soleil… Un débarcadère permettait aux bateaux de se délester de leur chargement, et c’est à peu près tout.
Jusqu’en ce beau jour de 1815 où le gouverneur de l’époque, Milius, décida d’y construire un port, un vrai, avec des jetées d’une centaine de mètres, destiné à abriter des petits bateaux. Un port à Saint-Denis… Les travaux ont démarré en 1819, à la fois sur la mer, par la mise en place d’une première jetée, et sur le littoral, par la construction de divers bâtiments portuaires.
Pourtant, ces travaux n’allaient jamais être achevé, et la cause en revient aux éléments naturels: les puissants courants marins charriaient avec une force inexorable des galets, qui petit à petit bouchaient le port avant même qu’il n’existe réellement. Et un gros cyclone (en 1829) acheva de décourager les courageux entrepreneurs, en mettant à mal la première jetée construite. Le port du Barachois ne vit donc jamais le jour… Finalement, au début du vingtième siècle, ses vestiges inachevés furent comblés, pour éviter qu’il ne se transforme en marais malsain…
Aujourd’hui, peu de traces de ces temps révolus, si ce n’est le vestige de l’ancienne jetée. Deux monuments, l’un à la gloire du Général De Gaulle et l’autre en souvenir de Roland Garros, enfant du pays, viennent y apporter une touche solennelle. Quant aux canons, il y a bien longtemps qu’ils n’ont plus fait entendre leur tonnerre…